Le naturisme, c'est quoi ?

 

Le naturisme est né du désir des êtres humains d’harmoniser leur vie avec les rythmes et les réalités subtiles de la nature. Il est l’art de vivre qui s’appuie sur la connaissance, le respect de l’humain et du milieu naturel dans lequel il évolue. Le naturisme conduit à réfléchir aux comportements de l’homme dans les époques passées, actuelles et à venir.

« Le naturisme, ce n’est pas seulement se « dévêtir ». C’est une véritable philosophie de vie, qui passe, entre autres, par la pratique de la nudité … » Viviane Tiar, présidente de la fédération française de naturisme.

AUX SOURCES DU NATURISME - Un lent cheminement philosophique

Le naturisme se définit aujourd’hui comme « une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, et qui a pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement » (définition internationale, retenue en 1974 par la Fédération Internationale de Naturisme, et mise à jour en 2009).

Le naturisme est une philosophie que l’on vit et non une activité que l’on pratique. On EST naturiste parce que l’on adhère à cette forme de pensée, en partie ou à fond, chacun selon ce qui constitue son idée du bonheur.

On PRATIQUE la nudité (nudisme) car elle constitue aujourd’hui la pierre angulaire de notre art de vivre et en synthétise ses valeurs, ainsi que son essence. Elle en est le symbole.

Cette nudité vécue simplement et sereinement, permet de se ressourcer physiquement, physiologiquement et psychologiquement, en activant les principes hygiénistes de la médecine hippocratique. Plus encore aujourd’hui, la nudité en commun permet aussi de dépasser toutes les formes de body-shaming (honte du corps), de combattre la nudophobie (rejet/haine « culturelle » de la nudité), ou de traiter la gymnophobie (pathologie psychiatrique).

© Tamara Hauvuy – FFN Campagne Vs le body-shaming

Si l’aspect le plus visible reste, bien sûr, le modus vivendi de la nudité, le naturisme d’aujourd’hui participe aussi, des mouvements de libération et d’émancipation, notamment vis à vis des courants de pensée idéalistes, en particulier théistes / monothéistes, qui l’ont toujours combattu. Il participe pleinement de la mise en œuvre des valeurs humanistes et républicaines inscrites dans la culture française, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

Il milite aussi pour un mode de vie plus simple et naturel, plus respectueux de la nature dans toutes ses composantes. Le naturisme, est donc porteur d’un projet écologique, d’où ses liens privilégiés avec France Nature Environnement.

La perception qu’en ont pourtant encore nos concitoyens est pour l’essentiel liée à la façon de vivre ses loisirs ou de prendre des vacances, notamment dans le cadre d’une société néolibérale (au sens économique), où l’offre liée à cette spécificité peut être considérée comme un produit… une marchandise comme une autre. Certes, l’essor de la société de consommation, le développement du temps libre et du tourisme à partir de la deuxième moitié du XXe siècle pourraient donner l’illusion de ce tropisme. Mais ce serait oublier que le naturisme s’inscrit dans un continuum de la pensée humaine, occidentale et orientale, au sein d’une famille philosophique qui s’est construite au fil des ans, depuis l’Antiquité, pour constituer aujourd’hui un ensemble qui appartient à ce que Michel Onfray appelle « la constellation hédoniste et Eudémoniste » (dans Contre-histoire de la philosophie).

INTRODUCTION 

Sur le plan du rapport au corps, l’idée qui domine depuis 2000 ans dans la civilisation occidentale, est que la nudité peut être assimilée sur le plan de la symbolique à «un état présocial ou degré zéro de la culture (le sauvage ou le barbare), par opposition à l’habillement symbolisant un état de culture et une marque d’appartenance à la communauté ». (Pierre Cordier – Les nudités romaines, un problème d’histoire et d’anthropologie).

Marc-Alain Descamps dans son livre Vivre nu (1987), considère que « Les mouvements nudistes ont été créés par le christianisme. Avant lui il n’existait ni interdiction ni proscription du nu dans toute l’antiquité, que ce soit chez les Celtes, les Grecs, les Romains ou les Germains, donc personne ne cherchait à le défendre ». En outre, dans les sociétés où la nudité n’est pas réprimée, il n’y a sans doute pas d’intérêt à vouloir se regrouper pour la défendre.

« Sème nu, moissonne nu, laboure nu, si tu veux achever en leur temps tous les travaux de Demeter afin que pour toi chacun de ses fruits croisse aussi en son temps, et que tu n’aies pas plus tard, indigent, à mendier à la porte d’autrui » – Hésiode / Les Travaux et les Jours

Ainsi, dans l’Égypte Antique, la nudité était la norme pour les classes modestes constituées par les domestiques, les esclaves et les artistes (musiciens, danseurs, acrobates). Les enfants restaient nus jusqu’à la puberté, quel que soit leur milieu social.

Transport du lin - Calcaire polychrome, Ancien Empire Ve Dynastie Catalogue Pierre Bergé & Associés - Exposition Archéologie - Paris 30 mai 2015
Moissons
Moissons

Les classes moyennes et supérieures portaient des vêtements en lin (pagnes, tuniques et robes), le seul textile utilisé alors. Ces vêtements étaient de plus en plus fins selon l’élévation sociale de la personne, les vêtements des nobles pouvant être totalement transparents, y compris ceux du Pharaon, de son épouse et leur entourage. Le kalasiris, une robe extrêmement fine portée par les femmes, en est un exemple.

Des inscriptions sur des tablettes d’argile retrouvées à Armana attestent que le pharaon Akhenaton, son épouse Néfertiti et leurs enfants restaient couramment nus à l’intérieur du palais royal et dans les jardins : ils attribuaient à la nudité une valeur spirituelle importante et des bienfaits pour leur santé. Les personnages officiels, l’entourage de la famille royale ainsi que leurs serviteurs, pouvaient faire de même. Cette coutume a été successivement supprimée et réhabilitée par les différentes familles royales.

Néfertiti - Musée du Louvre
Néfertiti

Mais d’autres cultures Antiques considéraient les coutumes égyptiennes comme « humiliantes », en attestent des bas-reliefs ou des textes de l’époque, par exemple ce passage de la Bible hébraïque : 

« Ainsi le Roi d’Assyrie emmènera d’Égypte et de Chus prisonniers et captifs les jeunes et les vieux, les nus et les déchaussés, fesses découvertes, ce qui sera l’opprobre de Égypte ».

Musiciennes - Antiquité Égyptienne

La découverte par Christophe Colomb des Amériques permet aussi la rencontre avec de nombreux peuples qui « vivent complètements nus ». En voici sa description des Taïnos :

« Tous vont nus comme leur mère les a mis au monde, les femmes également, quoique je n’en eusse vu qu’une seule, fort jeunette ; et tous ceux que je vis étaient tous jeunes, de sorte que je n’en vis aucun âgé de plus de trente ans, très bien faits, avec des corps harmonieux et de très beaux visages, les cheveux presque aussi épais que les crins de la queue des chevaux et courts. Ils portent les cheveux sur les sourcils, sauf quelques mèches qu’ils portent longues derrière et jamais ne coupent. Certains se peignent de brun, d’autres sont de la couleur des Canariens, ni noirs ni blancs, d’autres se peignent de blanc, d’autres de rouge, d’autres de ce qu’ils trouvent ; certains se peignent le visage, d’autres le corps, d’autres seulement les yeux. [….] Tous semblablement sont de bonne taille, ont de beaux traits et sont bien faits [….] Ils ont les jambes très droites, tous semblablement et le ventre non point gros mais très bien proportionné » (Christophe Colomb, Journal de bord. Octobre 1492).

Ohlone Indians in a Tule Boat in the San Francisco Bay 1822, by Louis Choris
Cholovonis à la chasse dans la Baie de San Francisco

Ronsard écrit aussi que le peuple des Amériques découvert par Villegaignon…

« Erre innocemment tout farouche et tout nu

D’habit tout aussi nu qu’il est nu de malice,

Qui ne connaît les noms de vertu et de vice,

Mais suivant sa nature et seul maître de soi,

Soi-même est sa Loy, son Sénat et son Roy »

akg-images Vespucci découvre les Amériques (1499/1500) / JOHANN THEODOR DE BRY 1618

Cette curieuse composition illustre un passage dans lequel Vespucci évoque une rencontre avec des « sauvages » de très grande taille. Il décrit ainsi cette population, d’une manière générale  (Premiers regards sur les sauvages (XVIe siècle) – Jean-Paul Duviols – p. 13-25) :

« Tous, de l’un ou l’autre sexe vont tout nus. Ils ne se couvrent aucune partie du corps et ils vont ainsi tels qu’ils sont sortis du ventre de leur mère, jusqu’à leur mort. Ils ont des corps de grande dimension, musclés, très robustes et bien proportionnés et d’une couleur qui tire sur le rouge, ce qui est je crois la conséquence d’aller tout nus, car ils sont teints par le soleil. Leurs cheveux sont abondants et noirs. Ils sont agiles dans leur démarche et dans leurs jeux. Leurs visages sont francs et beaux, mais ils les ravagent eux-mêmes en se perforant les joues, les lèvres, les narines et les oreilles. »

Ils vivent selon la nature et ils peuvent se dire épicuriens plutôt que stoïciens.

« Quant aux femmes, bien qu’elles aillent toutes nues et qu’elles soient lubriques, elles n’ont aucun défaut dans leurs corps qui sont beaux et propres et elles ne sont pas si grossières qu’on pourrait supposer, car bien qu’elles soient plantureuses, leur partie laide n’est pas apparente, car elle est cachée chez la plupart par leur belle stature. Il est une chose qui nous a paru miraculeuse et c’est que parmi elles aucune n’avait les seins pendants et quand elles avaient accouché, la forme et la fermeté de leur ventre ne les distinguaient en rien des vierges et il en allait de même pour les autres parties du corps que l’honnêteté m’empêche de nommer » (Amerigo Vespucci, Mundus Novus (« Nature et Mœurs de ces peuples »).

« Les hommes et les femmes de ce pays sont aussi bien faits que ceux du nôtre, seulement le soleil leur a donné une teinte brune. Ils vont absolument nus et ne se cachent même pas les parties honteuses. Ils se peignent le corps de diverses couleurs et n’ont pas de barbe car ils se l’arrachent avec soin. Ils se percent les lèvres et les oreilles et ils y mettent des pierres comme ornements. Ils se parent aussi avec des plumes ». (Hans Staden, Nus, féroces et anthropophages, 1re édition 1557).

Scène de pêche - Japon
Scène de pêche - Japon

La nudité en public était également très courante au Japon jusqu’à la Restauration de Meiji (3 janvier 1868), marquée par une politique d’ouverture sur le monde occidental et le début de l’industrialisation du pays. Les américains imposent en effet, le 31 mars 1854, la Convention de Kanagawa qui marque le début du colonialisme occidental sur le Japon. Il faut dire que cette convention a été obtenue dans la crainte de représailles américaines, via la menace constituée par la flotte du Commodore Mattew Perry, envoyée par le Président des Etats-Unis Milliard Fillmore.

L’interprète du Commodore, le révérend S. Well Williams, avait écrit à propos de la nudité publique :

« la pudeur, à en croire ce que nous voyons, semble ici inconnue : les femmes ne cherchent pas à cacher leurs seins ou leurs cuisses, tandis que les hommes utilisent parfois un unique morceau de tissu, mis en place avec négligence. On peut voir des hommes nus et des femmes nues parcourant les rues librement et fréquenter les mêmes établissements pour faire leur toilette, sans distinction de sexe, sans pudeur. Ces pratiques obscènes démontrent l’attrait de ce peuple pour le vice, à un degré qui répugnerait n’importe qui ».

 

Onsen - Japon

Pour ce qui concerne l’Afrique, les récits et les images ne manquent pas pour attester de la normalité de cette nudité, notamment en zone subsaharienne.

Groupe de Surma (Éthiopie)– source : http://papou-net.over-blog.com/article-ethiopie-63896949.html

Malgré la colonisation et la christianisation du continent africain, plusieurs peuples ont su résister à la pression culturelle occidentale qui obligeait au rhabillage, notamment de ce que les conquérants qualifiaient de « parties honteuses ».

L’écrivain Jacques Soubrier (né le 20 mai 1909 et mort le 16 octobre 1965, est un explorateur, voyageur et écrivain français) auteur de romans pour les jeunes et de récits voyages, raconte ainsi sa rencontre avec les tribus Lobis les jours de marché à Gaoua lors d’un périple africain :

« Les femmes n’ont pour tout costume que la ceinture de ficelles, en brin de « bemwos », dont les extrémités leur pendent jusqu’aux genoux. Les femmes mariées portent, en outre, comme chez les Bobos, deux bouquets de feuilles, qu’elles s’appliquent avec beaucoup de pudeur lorsqu’elles se baissent. La plupart ont les lèvres déformées par l’affreux labret de quartz, de fer, d’os ou de bois, et des scarifications en étoile leur ornent le nombril. Leurs traits sont en général assez fins et l’habitude, commune à toutes les femmes noires, de porter les fardeaux sur la tête donne à leur démarche et à leur port l’élégance et la noblesse que l’on remarque, pour la même raison, chez nos Arlésiennes. Chez les Lobis, le coin des « Yona », femmes. – La rencontre avec la nudité – partielle ou totale – de certains groupes africains surprend les occidentaux de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Particulièrement celle des femmes, qui n’est pas coutumière dans l’Europe d’alors. »

Danse Lobi à Diebougou

« Les Noubas ont été objets d’une incroyable fascination lorsqu’ils furent révélés au monde dans les années 70 par les photographies de la cinéaste allemande Leni Riefenstahl. Deux explorateurs Suisse, Pierre et Eliane Dubois, sont partis explorer les monts Kordofan du Soudan. Ils y ont réalisé le premier grand film documentaire jamais tourné sur ce peuple, à la fois mystérieux et fascinant de beauté. Ils y ont découvert des rituels étonnants de fécondité, d’initiation ou de séduction, d’impressionnantes luttes aux bracelets tranchants, des confrontations rituelles en villages voisins, des cérémonies qui vouent un véritable culte à la beauté des femmes et des hommes » (NOUBA, UNE MÉMOIRE AFRICAINE – un témoignage exceptionnel sur les Nouba de Kau au Soudan).

Femmes Nouba (Soudan) - Ethnographie Anako, Dubois
Guerrier Nouba et enfants - Les Noubas de Kau & Black Ladies - 2001 / photographie : Leni Riefenstahl

Aujourd’hui encore, subsistent quelques « peuples nus », ou pour lesquels la nudité n’est pas un tabou : Mashco-Piro – Ayoreo – Carabayo – Korubo – Wayampi – Zo’é – Waorani – Yanomami (Amériques) ; Malabri – Sentinelle – Jarawa (Asie) ; Tribus néo-guinéennes en Océanie ; Peuples de culture traditionnelle de la vallée de l’Omo (Hamers, Mursis, Turkanas, Karos, Surmas, Nyangatom, Karo, etc.) – Nuba (Afrique) …

III. HÉDONISME ET EUDÉMONISME

IV. STOÏCISME AVEC ZÉNON DE KITION (332-262 av. J.-C.)

V. SCEPTICISME AVEC PYRRHON D’ÉLIS

VI. LES SADHU DIGAMBARA DU JAÏNISME

VII. HIPPOCRATE – THERMALISME ANTIQUE ET ÉDUCATION PHYSIQUE

VIII. L’INTERDIT VISUEL DES « PARTIES HONTEUSES » 

IX. DU GNOSTICISME AU PROTESTANTISME

X. DE LA RENAISSANCE AUX LUMIÈRES RADICALES

XI. LES TEMPS RÉVOLUTIONNAIRES

XII. ANARCHISMES ET COMMUNISME D’ASSEMBLÉE

XIII. LEBENSREFORM ET HYGIÉNISME

XIV. FRIEDRICH WILHEM NIETZSCHE (1844-1900)

XV. RÉVOLUTION RUSSE ET NUDISTES RADICAUX

XVI. COMMUNISME ET NATURISME EN FRANCE

XVII. MOUVEMENTS D’ÉMANCIPATION ET NATURISME

XVIII. CONTRE-CULTURE ET RÉVOLUTION DES MŒURS

XIX. ÉCOLOGIE ET NATURISME 

XX. Quelques dates clefs du naturisme contemporain…

1903 : S. Gay crée en France, au Bois-Fourgon à Villeconin, une colonie naturiste.

C’est en 1918 que le nom de Freikörperkultur (FKK, culture du corps libre) est adopté. Ce mouvement se diffuse alors dans les pays germaniques (Autriche, Suisse (Ascona), pays scandinaves, Pays-Bas) avant de gagner la France dans l’entre-deux-guerres, puis l’Amérique du Nord à partir des années 1950.

1920 : Marcel Kienné de Mongeot (1897-1977) et Yvan de Laval créent au Manoir Jan à Fontenay-Saint-Père le Sparta-Club, premier club naturiste en France. Le mouvement naturiste fait sa véritable apparition en France avec la publication de la revue “Vivre intégralement”, éditée par Kienné de Mongeot.

1922 : Jacques Demarquette fonde un espace naturiste à Chevreuse.

1930 : les docteurs André et Gaston Durville ouvrent le centre Physiopolis dans l’Île de Platais à Villennes-sur-Seine où se tint le premier congrès nudiste. L’hydrothérapie était préconisée par le docteur Paul Carton, fondateur de la revue Naturiste (Enseignements et traitements naturistes pratiques 1936).

1931 : Création du Club Gymnique de France (CGF) à Villecresnes, qui perdure de nos jours. Albert Lecocq (1905-1969) créé le Club Gymnique du Nord au Fort de Seclin, près de Lille. Il rejoint Marcel Kienné de Mongeot et ses idées. Le Front populaire, avec ses réformes sociales et l’engouement pour le plein air, inspire le “nudisme populaire” à Albert Lecocq. Il entrevoit alors les fondements d’un naturisme social, reprenant les principes de régénérescence de l’homme de Kienné de Mongeot.

1932 : Les docteurs Durville fondent sur l’île du Levant, Héliopolis.

1936 : Léo Lagrange (premier sous-secrétaire d’État aux Sports et Loisirs), dont les époux Lecocq étaient proches, reconnaît officiellement le mouvement naturiste comme étant « d’utilité publique ».

1944 : Albert Lecocq et son épouse Christiane créent le Club du Soleil à Carrières-sur-Seine (Yvelines), grâce à l’apport des Sections « Vivre » de De Mongeot ; avec l’idée « d’un club pour chaque ville, un terrain pour chaque club ».

1949 : Albert et Christiane Lecocq bousculent le puritanisme en ouvrant le premier camping naturiste de France : le Centre Héliomarin CHM à Vendays-Montalivet, sur le littoral aquitain. Ils créent la même année la revue La Vie au soleil dont le premier numéro paraît le 1er février 1949.

Le 19 février 1950, Albert Lecocq fonde la Fédération française de naturisme (FFN). Elle fixe les concepts du naturisme. L’unité fut érigée en principe fondamental : tous les clubs se regrouperaient au sein d’une seule fédération. En 5 ans le nombre d’associations adhérentes passe de 9 à 86. La FFN est l’une des premières fédérations nationales naturistes à voir le jour dans le monde.

1953 : Création au CHM-Montalivet, sous l’impulsion des époux Lecocq, de la Fédération Naturiste Internationale qui regroupe les fédérations de tous pays reconnues pour leur pratique d’un naturisme « familial et organisé ». plusieurs créneaux sont ouverts sur différentes piscines par l’Associations des Naturistes de Paris (ANP). 

1958 : Création des CCF (Compagnons Campeurs de France) par Lucien AUZIAS. C’est l’un des plus vieux club naturiste d’Île-de-France (3,5ha), situé à Étréchy au sud de Paris.

1974 : Adoption de la définition internationale du naturisme.

1975 : Ouverture d’Euronat à Grayan-et-l’Hôpital (Gironde). La poussée touristique aidant, des plages sont ouvertes ou autorisées au naturisme alors qu’il n’est encore que toléré. La présence naturiste la plus forte se situe sur le littoral aquitain.

1983 : Le mouvement naturiste français, par sa Fédération, la FFN, fut reconnu Mouvement de Jeunesse et d’Éducation Populaire par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. La vie sociale de certains fut simplifiée, le naturisme étant banalisé, les problèmes professionnels inhérents disparurent. Des piscines municipales ouvrent des créneaux horaires aux pratiquants un peu partout dans le pays. Ses buts atteints, la Fraternelle Naturiste Maçonnique se dissout d’elle-même. La FFN formait alors ses propres cadres par des BAFA spécialisés « naturistes » et mettait en place sa section Jeunes ALIZEE. Ceux-ci animaient les activités d’été des jeunes enfants des centres de vacances et offraient des spectacles. Un peu partout en France, les naturistes obtiennent des créneaux dans les piscines municipales et les saunas.

1993 : La Maison du naturisme ouvre à Paris. l’Association des Naturistes de Paris (ANP) obtient avec la municipalité un nouveau créneau naturistes à la piscine Roger Le Gall, en remplacement de l’ancienne piscine Molitor.

1994 : Entrée en vigueur du nouveau code pénal le 1er mars 1994, qui dépénalise la simple nudité en abrogeant l’ancien article 330 et le remplace par le 222-32 sur « l’exhibition sexuelle ». Avec cette nouvelle écriture, il n’est plus question « d’attentats aux mœurs » ni « d’outrage public à la pudeur », mais uniquement de réprimer les « agressions sexuelles ». Henri Nallet, Ministre de la justice et Garde des Sceaux en charge de la réforme du code pénal avait à l’époque expliqué aux parlementaires « qu’en application de cette nouvelle disposition, seuls les comportements sexuels présentant le caractère d’une exhibition imposée à des tiers tomberont sous le coup de la loi pénale, et ne seront incriminées que les attitudes obscènes et provocatrices qui sont normalement exclues de la pratique du naturisme ».

1998 : Création du « Club Français du Naturisme » qui a pour vocation de promouvoir les centres naturistes français et leurs offres.

2001 : Début des World Naked Bike Ride (WNBR) en Espagne. Ce mouvement s’étend très vite à plus d’une centaine de villes d’une trentaine de pays, d’Europe, d’Amériques et d’Asie (sauf en France où les deux tentatives, à Paris et Marseille, se sont soldées par des interventions policières). La WNBR se crée en 2003 pour coordonner l’ensemble des manifestations. Le but est « de défendre l’homme en tant que tel dans un univers déshumanisé et mécanique  ; de favoriser aussi souvent que possible le vélo comme mode de circulation et réduire la dépendance au pétrole ; de faire prendre conscience de la fragilité de l’être humain en milieu urbain ; d’assumer son corps et sa nudité en public ».

2002 : Des centres (commerciaux) naturistes cessent d’exiger la licence de la FFN et créent France Espace Naturisme (FEN)

2003 : CHM-Montalivet et le camping de Cap d’Agde, restés fidèles à la FFN président à la création de l’Organisation naturiste européenne (ONE) qui délivre sa propre licence.

2007 : création de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (APNEL). Son but principal est de promouvoir ce que les allemands appellent la FreiKorperKultur (culture du corps libre) et soutenir les personnes qui seraient injustement poursuivies en justice du fait de leur pratique hors des centres et « lieux dédiés ». Son objectif à terme est d’obtenir une modification de la loi, qui vise à protéger la liberté d’être partiellement ou intégralement nu et de lutter contre la nudophobie ; de préciser l’article 222-32 en le dotant d’une définition claire et sans ambiguïté de ce qu’est « l’exhibition sexuelle » ; et enfin, qui organise cette liberté.

Certains de ses membres organisent des randonues mixtes (nu/textile) afin de mettre en œuvre l’universalité de la démarche et ne pas se replier ni s’enfermer dans un communautarisme qui n’a strictement aucun sens pour les nouvelles générations. Le mode opératoire est de prendre appui sur le développement des réseaux sociaux dédiés aux rencontres amicales, comme OVS-On Va Sortir.

2016 20172018 : Participation des Naturistes (APNEL/FFN) à la Fête de L’Humanité, ce qui provoque un énorme buzz médiatique. L’APNEL invente et diffuse le slogan : « Fiers de notre humaNUté », en écho à la citation de Friedrich NIETZSCHE «  Être libre, c’est vivre nu et sans honte », et en référence aux luttes pour l’égalité des droits, défendue par le mouvement international LGBT (qui organise les « Marches des Fierté » – Gay Pride en Anglais).

2018 : le naturisme urbain gagne en visibilité. Première visite naturiste au Palais de Tokyo à Paris sous l’impulsion de l’Association des Naturistes de Paris (ANP) ; ouverture du premier restaurant naturiste dans le XIIe arrondissement de Paris, sous le nom de O’ Naturel ; L’ANP négocie avec la capitale française pour qu’elle comble son retard sur le littoral et certaines grandes villes européennes, en organisant un espace dédié au naturisme, sur le modèle des « plages libres » des années 1980. Ce sera dans le Bois de Vincennes, mais dans un endroit très… reculé. C’est un début ; la FFN organise la journée mondiale du naturisme au Parc Aventure Land de Magny-en-Vexin et les activités urbaines se développent : bowling-nu, yoga-nu, cyclonue, etc.

Un développement sans précédent

La France, est ainsi devenue la première destination touristique naturiste au monde. Cela représente alors :

  • 4 millions de pratiquants réguliers, dont 2 millions de français et 2 millions d’étrangers, vivent le naturisme chaque année en France (13,8 millions de pratiquants en Europe et près de 16 millions de naturistes réguliers dans le monde).
  • 11 millions de français seraient prêts à tenter l’expérience (Sondage IFOP 2015 pour le Cluster Tourisme et Naturisme d’Atout France).
  • 6%, soit près de 4 millions de français ont déjà passé des vacances naturistes.
  • Près de 43% des vacanciers naturistes ont moins de 30 ans (enquête menée auprès des principaux centres de vacances en 2014).
  • 460 espaces dédiés au naturisme dont :
  • 155 établissements recevant des vacanciers,
  • 155 associations et 16 délégations régionales
  • 73 plages naturistes autorisées dont 9 plages au bord des fleuves, rivières et lacs,
  • 35 gîtes ou chambres d’hôtes naturistes.
  • 24 piscines urbaines avec un créneau naturiste.
  • 2 ports naturistes : Cap d’Agde et Port Leucate, situés en Méditerranée.
  • 20 000 emplacements en hôtellerie de plein-air, 60 000 lits disponibles.

2019 : le mouvement naturiste engage une démarche afin de sortir de son isolement et dans le but de faire société. Il reprend l’initiative de l’organisation d’une WORLD NAKED BIKE RIDE (cyclonue), en lien avec les questions environnementales, et principalement la question du réchauffement climatique et la 6e extinction animale de masse. Pour cet événement inscrit dans le projet d’éducation populaire alors en cours d’élaboration, il s’associe au tout jeune mouvement Extinction Rebellion. La manifestation est interdite au motif de l’article 222-32 d’exhibition sexuelle, et l’arrêté préfectoral sera attaqué devant les tribunaux par la FFN et l’APNEL. Les deux associations sont déboutées en juin 2020 et font appel de la décision.

2020 : La FFN recrée les liens avec France Nature Environnement et siège au CA de la fédération écologiste.

2021 : Le premier Festival NATURIST’ por nova mondo est organisé à Baugé-en-Anjou près d’Angers, au domaine du Château de Grésillon – Maison Culturelle Espéranto

affiche festival