L’ÉDUCATION POPULAIRE – Une reconnaissance officielle et un mouvement 

La première reconnaissance du naturisme de la part de l’État ne date pas du 28 octobre 1983, comme on le pense en général. Michel Pivert nous le rappelle dans le numéro 100 de La vie au Soleil de 1984. Il y a eu celle du 14 décembre 1932 émanant du Sous-Secrétariat d’État à l’Éducation physique, Mr Philippe Marcombes, sous le gouvernement Doumergue. En effet,  « La Société Naturiste » des Drs Durville est « agréée sous le n°14.914 comme société d’éducation populaire ». Décision confirmée par la loi du 9 janvier 1933. Cet agrément fait suite à la visite de M. Chérif-Mécheri, ancien chef du secrétariat de Mr Émile Morinaud, à l’île des naturistes de Vilennes. Dès le mois suivant, des hommes politiques félicitent les Drs Durville dans l’hebdomadaire « Naturisme » pour l’action menée en faveur de la santé publique. Le député Paul Poncet déclare même que « Peu à peu et sans grande modification, je pense, votre idée généreuse triomphera » (citation reprise dans « La vie au Soleil » n°100, 1984). Pierre Mendès-France était alors parmi les soutiens que comptaient les Durville. Preuve d’une prise de conscience chez les politiques, peu de temps après, le Ministre du Travail Adrien Marquet inaugure l’école publique naturiste de Pantin.

Installée à l’île de Villennes, cette société ne pratiquait pas la nudité intégrale ; il restait un abîme à franchir dans la mentalité de l’époque : passer du port du slip au nu complet. Malgré tout, ce fut vécu comme une première étape primordiale. 

Le Docteur Philippe Marcombes (Radical socialiste) a été à deux reprises sous-secrétaire d’État, sous la tutuelle du Ministre de l’Éducation Nationale. Ainsi, il fut chargé de l’éducation physique dans le gouvernement III d’Édouard Herriot, fervent défenseur de la laïcité, puis chargé de l’enseignement technique dans le 1er  gouvernement  d’Albert Sarraut. 

C’est en 1936, que Léo Lagrange (premier sous-secrétaire d’État aux Sports et Loisirs), dont les époux Lecocq étaient proches, reconnaît officiellement le mouvement naturiste comme étant« d’utilité publique ».

Il faudra attendre ensuite 1983 et le retour de la gauche au pour que la Fédération Française de Naturisme soit reconnue comme « Mouvement de Jeunesse et d’Éducation Populaire » par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Ses buts atteints, la Fraternelle Naturiste Maçonnique se dissout d’elle-même.

La FFN formait alors ses propres cadres par des BAFA spécialisés « naturistes » et mettait en place sa section Jeunes ALIZÉE. Ceux-ci animaient les activités d’été des jeunes enfants des centres de vacances et offraient des spectacles. À Paris, la municipalité ouvre un créneau horaire aux naturistes à la piscine Roger Le Gal. En province aussi, les naturistes obtiennent des créneaux dans les piscines municipales et les saunas.

L’agrément a été perdu en 2004, à la suite d’une réorganisation ministérielle et d’évolutions réglementaires.

La FFN cherche aujourd’hui à le retrouver. Et pour ce faire, elle a engagé depuis le Congrès de Piriac en 2019, un gros travail de réflexion et d’élaboration de son nouveau projet.

NATURISME & ÉDUCATION POPULAIRE

© Spencer Tunick et Greenpeace Contre réchauffement climatique – Glacier d'Aletsch (Suisse)

« Il faudra choisir un jour entre le matérialisme économique assoiffé de jouissances vulgaires, sans idéal, et l’amour de la Vie qui réclame une Organisation Sociale simple et naturelle. Car le progrès véritable réside dans l’amélioration de la personne humaine. Pas dans les « créations » plus ou moins étonnantes, plus ou moins merveilleuses, de l’homme économique. » Marcel Kienné de Mongeot (1897-1977)

Issue d’une conception humaniste de l’homme, de projets sociaux et culturels émancipateurs, l’éducation populaire agit pour l’avènement d’un homme plus conscient des enjeux du monde dans lequel il vit, afin d’y être pleinement acteur. Elle doit permettre à chacun de participer à la construction d’un projet de société et à la réduction des inégalités sociales, culturelles et économiques, auxquelles s’ajoutent aujourd’hui les enjeux planétaires liés à l’urgence écologique.
Le mouvement naturiste, de par son histoire, ses valeurs et sa philosophie de vie, doit aujourd’hui retrouver toute sa place au sein de ce grand courant de l’éducation populaire et des pédagogies alternatives. Il doit pouvoir aujourd’hui comme hier, à partir de sa spécificité, contribuer à la formation du citoyen de demain, afin de relever le plus grand défi posé à toute l’humanité, depuis son apparition sur terre : celui du réchauffement climatique et de la plus grande extinction de masse des espèces, tel que le précise Aurélien Barrau, physicien et Professeur  à l’Université Grenoble-Alpes (à 6,37 ‘)

QU’EST-CE QUE L’ÉDUCATION POPULAIRE ?

« L’Éducation Populaire, c’est l’ensemble des moyens qui permettent de donner à tous les hommes l’instruction et la formation nécessaires afin qu’ils deviennent des citoyens aptes à participer activement à la vie du pays. »  Bénigno Cacérès – fondateur de Peuple et Culture en 1944.

« Personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les Hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde ». Paulo Freire

L’Éduc. Pop., c’est donc « l’éducation du peuple par le peuple ». Dans cette visée, il n’existe ni professeurs ni élèves, mais seulement des personnes qui s’informent et se forment mutuellement. C’est une éducation permanente, tout au long de la vie. L’éducation populaire est un courant d’idées qui milite pour une diffusion de la connaissance au plus grand nombre afin de permettre à chacun de s’épanouir, de s’émanciper et de trouver la place de citoyen qui lui revient. Elle vient ainsi compléter les actions de l’enseignement scolaire et universitaire.

C’est aussi une éducation aux loisirs qui reconnaît à chacun la volonté et la capacité de progresser et de se développer, à chaque instant de la vie. Elle ne se limite pas à la diffusion de la culture académique ni même à l’art au sens large, mais également aux sciences, aux techniques, aux sports et aux activités ludiques…

En réalité tous ces apprentissages sont l’occasion de développer ses capacités au vivre ensemble : confronter ses idées, partager une vie de groupe, s’exprimer en public, écouter, respecter les différences, etc….

AUX ORIGINES DE L’ÉDUC. POP.

On donne généralement trois dates à la naissance de l’éducation populaire : la Révolution française avec le rapport Condorcet (1743-1794), la création par Jean Macé de la Ligue de l’enseignement en 1866 et le Front Populaire avec la Résistance et le CNR.

Au XIXème siècle, marqué en France par les révolutions de 1830, 1848 et 1871, naissent trois courant qui pratiquent, chacun à leur façon, une forme d’éducation populaire : un courant laïc républicain ; un courant chrétien humaniste et social ; et un courant ouvrier révolutionnaire.

Le courant laïc nous vient de Condorcet qui pensait que l’instruction devait être accessible à tous et former les citoyens, qu’elle devait être prise en charge par la République. Pour Condorcet « il n’y a pas de démocratie du pouvoir sans démocratie du savoir ». En avril 1792, Condorcet remet un rapport intitulé «L’organisation générale de l’instruction publique». On peut notamment y lire : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves ». Cette déclaration reconnaît à l’éducation une finalité civique : « L’instruction permet d’établir une égalité de fait et de rendre l’égalité politique reconnue par la loi ».

Dans la même lignée, il n’est pas interdit de citer aussi John Stuart Mill (1806 – 1873), philosophe anglais, fervent défenseur de la liberté individuelle et de l’égalité entre les femmes et les hommes. JS Mill revendique également l’idéal grec du développement personnel (il est notamment influencé par Épicure et Diogène). Il veut pour chacun « la plénitude de vie dans sa propre existence ». Il défend une liberté totale de conscience et d’expression et propose ainsi de nouvelles possibilités d’existence : chacun dispose d’un droit absolu à inventer sa vie, selon les modalités de son choix. J.S. Mill affirme l’utilité des différences d’expériences dans la façon de vivre.

L’utilitariste veut le bonheur du plus grand nombre, la réduction des souffrances et misères de son temps. Pour ce faire, il considère que l’instruction sur le terrain éthique et politique est indispensable : c’est l’idée d’un enseignement universel. De même, il est soucieux de santé publique et considère que l’on pourrait faire reculer grandement la maladie en activant un vaste projet de prophylaxie, de prévention, d’éducation. En cela, il rejoint la démarche des hygiénistes à l’origine du renouveau naturiste.

Enfin, JS Mill s’engage résolument Contre l’assujettissement des femmes (titre d’un de ses ouvrages), pour l’égalité totale, absolue et intégrale des femmes.

Le second est issu du mouvement chrétien humaniste et social, un mouvement qui réunit fils de notables et jeunes ouvriers et paysans, qui se structure autour de la lutte contre la misère et la pauvreté du siècle.

Après le ralliement des protestants au premier courant laïc et républicain, pour sa vision de l’éducation, le versant catholique est incarné par le journal Le Sillon, fondé en 1894 par Marc Sangnier. Dans les années 1900, il devient l’organe d’un vaste mouvement qui prend une tournure hétérodoxe vis-à-vis de la doctrine de l’Église, et contre l’exploitation des femmes.

Ce courant du christianisme va découvrir peu à peu les luttes sociales et finir par être excommunié en 1910, pour avoir incité à rejoindre la CGT. Il s’auto-dissoudra la même année.

Par ailleurs, la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) est fondée en Belgique en 1925 par Joseph Cardjin, un prêtre issu d’un milieu modeste. Elle est créée en France deux ans plus tard (1927), et la JOCF (féminine) dès 1928. La JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne), est créée en 1929, dans la foulée de la JOC. Toutes deux jouent un rôle important de prise de conscience de la jeunesse, notamment dans les zones urbaines pour la première et en milieu rural pour la seconde. Ces mouvements connaissent leur âge d’or dans les années 1960, avant d’entrer en déclin. La JOC est encore active aujourd’hui, sur des bases plutôt progressistes. Ce courant, orienté vers la problématique actuelle du lien social, pourrait s’incarner aujourd’hui dans des formes d’actions telles que celles défendues et mises en œuvre par les centres sociaux.

Enfin, le troisième courant est né avec le mouvement ouvrier français au XIXe siècle. Celui-ci trouve son origine dans les amicales, mutuelles et coopératives créées dans les années 1810-1820, pour contourner l’interdiction des syndicats par la loi Le Chapelier en 1791. Après que la répression de la Commune, le mouvement ouvrier reprend véritablement son essor dans les années 1880 et devient une « puissance » qui compte.

À cette époque, les ouvriers se demandent s’il convient d’envoyer leurs enfants à « l’école de la bourgeoisie » ou de leur dispenser une culture et des valeurs propres à leur monde. Les enjeux de l’instruction sont importants : quels contenus ? Qui éduque ? Quel type de formation ? Qui doit-on éduquer ? Qui contrôle l’école ?

La menace d’une nouvelle guerre dans les années 1930, la montée du fascisme et de « tous les périls » permet l’arrivée du Front Populaire et la relance des mouvements d’éducation populaire, notamment grâce à l’action du Secrétariat d’État aux Sports et aux Loisirs de Léo Lagrange (un proche des époux Lecocq). On assiste à la naissance des CEMEA (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active), des CLAJ (Club Loisirs Action Jeunesse), des Auberges de jeunesses, des chantiers de jeunesse. La méthode pédagogique d’Élise et Célestin Freinet voit le jour, à partir notamment d’une influence naturiste. L’école Freinet de Vence, redevenue publique en 1991, est désormais classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

À la libération, le mouvement ouvrier est puissant et organisé. On assiste à la naissance de Travail et Culture, de Tourisme et Travail. L’éducation populaire est florissante. La Ligue de l’Enseignement se reconstitue et engage à nouveau une défense de la laïcité.

En 1959, alors qu’est créé le ministère de la Culture sous la houlette du romancier gaulliste André Malraux, l’éducation populaire reste au sein de Jeunesse et sports : le nouveau ministère n’a pas pour mission l’émancipation du peuple, mais la création artistique et l’accès aux « œuvres capitales de l’humanité ». Ainsi, par exemple, la pratique du théâtre amateur dépend du ministère de la jeunesse, alors que le théâtre de « création » passe au ministère de la culture.

L’idée de pédagogie de la démocratie est abandonnée par les institutions. Elle se transforme en animation socio-culturelle, rattachée aux loisirs.

1968 marque aussi un nouveau tournant de l’éducation populaire. Le 25 mai, les responsables des Maisons de la Culture publient la Déclaration de Villeurbanne : « Nous refusons délibérément toute conception de la culture qui ferait de celle-ci l’objet d’une simple transmission. Non point que nous tenions pour nul, ou contestable en soi, cet héritage sans lequel nous ne serions peut-être pas en mesure d’opérer sur nous-mêmes, aujourd’hui, cette contestation radicale : mais parce que nous ne pouvons plus ignorer que, pour la très grande majorité de nos contemporains, l’accès à cet héritage passe par une entreprise de ressaisissement qui doit avant tout les mettre en mesure d’affronter et de pratiquer, de façon de plus en plus efficace, un monde qui, de toute façon, n’a pas la moindre chance de s’humaniser sans eux. ».

Longtemps placée sous la tutelle du ministère de la jeunesse et des sports, l’Éducation populaire est aujourd’hui passée sous celle du ministère de l’Éducation Nationale.

Au niveau territorial, les collectivités deviennent les piliers des politiques de jeunesse et d’éducation populaire (article 54 de la loi Égalité Citoyenneté, compétence partagée Éducation populaire).

Un spectacle à découvrir impérativement, sur Internet à défaut de pouvoir le voir en direct :

Franck LEPAGE, Conférence gesticulée – « L’éducation populaire, Monsieur, il n’en ont pas voulu ». On y apprend beaucoup de choses et on rit, sans jamais s’ennuyer. Subversif et jubilatoire à souhait. C’est ICI :

Le nouveau code pénal entre en vigueur le 1er mars 1994. Ce faisant, la simple nudité est dépénalisée par l’abrogation de l’ancien article 330 « d’outrage public à la pudeur ». Il est remplacé par l’article 222-32 sur «l‘exhibition sexuelle » qui ne concerne plus, désormais, la simple nudité sans connotation sexuelle, mais seulement les «agressions sexuelles ».

 

CONCRÈTEMENT

L’objectif est de retrouver au plus vite à présent l’agrément ministériel « jeunesse et d’éducation populaire », et la reconnaissance « d’utilité publique ». Pour ce faire, la FFN a entrepris la modification de ses statuts fédéraux pour qu’ils soient en conformité avec ceux que préconisent aujourd’hui le Ministère des sport ou le Conseil d’état. Après plus d’un an de travail, d’échanges et d’amendements, ces nouveaux statuts fédéraux seront présentés et adoptés lors de la prochaine AG de septembre 2020.

 

Créer une architecture « Éduc. Pop. » interne à la FFN

La première étape a été de constituer un groupe de référents (un par région). L’objectif étant de construire une architecture nationale, de dynamiser notre démarche en région et de réfléchir collectivement au plan national, selon les deux axes : « enfance / jeunesse » et « actions pour tous ».

En parallèle, nous sommes en train de reconstruire une structure « enfance / jeunesse » interne à la FFN (en région et nationalement). Pour ce faire, nous recherchons des personnes qui seraient intéressées pour relancer cette belle activité. Nous vous invitons à nous faire remonter les coordonnées des bénévoles intéressés, jeunes ou moins jeunes, pour prendre une part active à ce projet. Soit ils sont déjà titulaires d’un BAFA, BPJEPS ou DEJEPS. Soit ils souhaitent s’engager dans cette voie et obtenir ces diplômes. Dans ce cas, la FFN étudiera les possibilités d’y aider. ( contact@ffn-naturisme.com)

Concevoir notre projet et des outils

La deuxième étape consiste à rédiger notre projet d’éducation populaire. Ce travail est déjà bien avancé suite à nos débats à l’AG de Piriac, en 2019. Les référents régionaux et les directions régionales sont appelés à contribuer à son enrichissement. C’est donc un travail de co-construction inédit qui sera présenté à l’AG de Montalivet 2020. Ce projet s’articulera autour de 4 axes, tirés de la définition officielle du naturisme pour trois d’entre eux :

  • Respect de soi,
  • Respect d’autrui, Égalité Citoyenneté
  • Respect de l’environnement,
  • Droits et Libertés.

Il sera notamment créé dès 2020 une Université Populaire Naturiste (UPN) à l’échelle nationale avec des antennes régionales, ainsi qu’un festival naturiste et écologiste qui se tiendra en 2021 à la Maison Culturelle de l’EspérantoChâteau de Grésillon, à Baugé-en-Anjou (49), dans le cadre des Journées Mondiales du Naturisme.